Ce que l’IA questionne

Pendant des décennies, l’intelligence artificielle, c’était, pour le commun des mortels, de la science-fiction, HAL 9000 qui refusait d’ouvrir les portes dans 2001, l’Odyssée de l’espace, des scénarios catastrophe ou des utopies lointaines, mais dans tous les cas, c’était quelque chose qui appartenait à un futur suffisamment éloigné pour ne pas vraiment nous concerner. 

Et puis, en novembre 2022, ChatGPT est apparu et les IA génératives sont arrivées dans les mains de tout un chacun, sans que personne n’y soit vraiment préparé (notre première Noldletter sur les IA génératives, par ici).

En trois mois, 100 millions d’utilisateurs. En deux ans, des centaines de millions de personnes dans le monde qui utilisent des IA au quotidien : une apparition somme toute assez brutale dans sa soudaineté et on est encore, pour beaucoup d’entre nous, dans l’état de quelqu’un qui a reçu un meuble à monter sans les instructions : on tourne les pièces dans tous les sens, on espère que ça va finir par ressembler à quelque chose.

Alors les questions s’accumulent…

  • Est-ce qu’on va devenir bête ? Une étude du MIT publiée en 2025 suggère que déléguer sa pensée à une machine réduit progressivement l’engagement cognitif du cerveau. Use it or lose it, disent les neuroscientifiques…
  • Est-ce qu’on détruit la planète pour savoir quelle pizza choisir ? L’empreinte carbone des systèmes d’IA a atteint jusqu’à 80 millions de tonnes de CO2 en 2025, l’équivalent des émissions annuelles de la ville de New York et leur consommation d’eau a atteint 765 milliards de litres. Une requête sur ChatGPT consomme cinq à dix fois plus d’électricité qu’une recherche classique sur le web.
  • Est-ce que ça va supprimer nos métiers ? Certains, oui. Lesquels, on ne sait pas exactement et à quelle vitesse, encore moins.
  • Est-ce qu’on a le choix de ne pas l’utiliser ? Oui, mais c’est de plus en plus compliqué, notamment dans certains métiers…

On n’a pas de réponses définitives, mais on s’est posé les questions… humainement et on l’espère… avec un supplément d’âme.

Anne et Charlotte, qui gardent énormément de plaisir à écrire avec leur intelligence humaine.

LA PENSÉE DU JOUR

Test & Nold

Deux visions qui s’affrontent

CAMP 1 // « L’IA va nous rendre idiots »

Éric Sadin, philosophe français spécialiste des questions de technologie et de société, auteur de nombreux ouvrages sur la Silicon Valley, le capitalisme numérique et ce qu’il appelle « la silicolonisation du monde » a passé une bonne partie de sa vie à décortiquer ce que la tech fait vraiment à nos vies, au-delà du discours marketing.

Dans Le désert de nous-mêmes (L’Échappée, fin 2025), il tire la sonnette d’alarme sur l’IA générative. Son argument central : des systèmes techniques se substituent à l’une de nos facultés fondamentales : la production du langage. Il estime que l’on ne devient intelligent qu’en luttant avec ses propres mots, en traversant l’effort de formuler une idée. Quand une machine fait ça à notre place, on court-circuite précisément le processus qui nous construit intellectuellement.

Apprendre ne consiste pas seulement à produire un résultat pertinent, mais à parcourir un cheminement cognitif fait d’hésitations, d’efforts et de reformulations successives.


En bref : l’IA nous éloigne doucement, confortablement et progressivement de notre capacité à penser.

CAMP 2 // « L’IA va nous rendre plus humains »

Joël de Rosnay, c’est l’autre extrême… Docteur en sciences, ancien directeur de la stratégie à l’Institut Pasteur, auteur du best-seller Le Macroscope dans les années 70, il est l’une des grandes figures françaises de la pensée sur les futurs technologiques. À 85 ans, il continue d’écrire et de débattre et il est résolument optimiste.

Pour lui, l’IA est simplement la continuité de ce que l’homme a toujours fait : s’assister dans les tâches fastidieuses du quotidien pour libérer sa puissance créatrice et émotionnelle. Il préfère parler d' »hyperhumanisme » plutôt que de transhumanisme : l’humain augmenté par la machine, pas remplacé par elle.

Son argument historique est simple : la calculatrice n’a pas rendu les mathématiciens idiots, elle leur a permis de résoudre des problèmes autrement inaccessibles. Le GPS n’a pas supprimé notre sens de l’orientation, il nous a permis d’aller là où on n’aurait jamais osé. L’IA, c’est pareil. Un outil. Ni bon ni mauvais en soi. Ce qui compte, c’est l’usage qu’on en fait et l’intention qu’on y met.

En bref : déléguer les tâches répétitives à la machine, c’est se libérer pour ce qu’elle ne sait pas faire : ressentir, créer du lien, et donner du sens.

Plus rassurant, probablement aussi plus naïf sur certains points. La vérité est sûrement quelque part entre les deux, comme souvent.
Comme le sujet est vaste, nous vous promettons une prochaine newsletter où nous nous poserons la question suivante : quelles règles se fixer pour utiliser l’IA sans devenir un mollusque ?

Just nold it

Les recettes concrètes

Le guide des IA pour ceux qui n’ont pas envie d’y passer leur vie.

Quelques règles d’or avant toute chose :

Se rappeler que l’IA n’est pas un humain dans une machine, mais un accès ultra rapide à un ensemble de données immenses doté d’une capacité de restitution tout aussi rapide.
Il s’agit donc de briefer la machine avec ce que l’on attend d’elle, ce qui nous amène au second point…

Le prompt, c’est tout. L’erreur la plus fréquente avec les IA : taper une question vague et être déçu du résultat. Une IA n’est pas un moteur de recherche. C’est plus proche d’un assistant très compétent mais qui a besoin qu’on lui explique précisément ce qu’on veut, pour qui, dans quel ton, et avec quelles contraintes. Plus votre demande est précise, meilleure est la réponse. C’est aussi simple et aussi exigeant que ça.

La structure d’un bon prompt : Contexte + Tâche + Contraintes + Format voulu.

Mauvais prompt : « Écris-moi un email pour mettre fin à un contrat. »
Bon prompt : « Tu es moi, 54 ans, directrice commerciale. J’écris à un prestataire qui a raté une livraison pour la deuxième fois. Je veux être ferme sans être agressive, et lui laisser une dernière chance tout en lui signalant que la prochaine fois j’arrête le contrat. Ton professionnel mais direct. Maximum 150 mots. »

ZOOM sur quelques IA principales

ChatGPT : le couteau suisse, pour quand vous ne savez pas trop par où commencer…

ChatGPT est le plus polyvalent. Il génère des images, analyse des photos, répond en vocal, fait des recherches en temps réel et s’intègre à des centaines d’outils.

Exemples concrets d’usage : préparer un voyage, rédiger une première ébauche d’email, brainstormer des idées cadeaux, résumer un article long, comprendre une facture ou un contrat en langage simple, trouver une réponse rapide.

Prompts qui marchent :

« Tu es un agent de voyage spécialisé dans les séjours au Portugal et tu connais toutes les adresses authentiques en dehors des sentiers battus. Je pars 5 jours à Lisbonne en mai, avec mon partenaire, on aime marcher, manger local et éviter les endroits trop touristiques. Budget moyen. Propose-moi un programme jour par jour avec des recommandations de restaurants peu connus. »

« Explique-moi ce qu’est une IA générative comme si j’avais 55 ans et aucune formation technique, en 10 lignes maximum, avec une analogie du quotidien. »

Son défaut : il valide facilement ce qu’on lui dit. Il faut lui demander explicitement de challenger vos idées. Il peut te faire une réponse fausse et quand tu lui fais remarquer, s’excuser platement en te ressortant une nouvelle réponse fausse… ou pas.

Claude : le rédacteur de précision

Claude est l’IA d’Anthropic, une entreprise fondée par d’anciens chercheurs d’OpenAI, obsédée par la sécurité et la fiabilité. En 2026, c’est la référence pour la rédaction longue, l’analyse fine, et les textes qui demandent de la nuance.

Exemples concrets d’usage : rédiger une lettre de motivation, analyser un contrat ou document dense, produire un texte long et structuré, écrire quelque chose de délicat avec exactement le bon ton, préparer une présentation argumentée.

Prompts qui marchent :

« Tu es un juriste spécialisé dans tel domaine. Voici un contrat de 3 pages [coller le texte]. Je ne suis pas juriste. Résume-moi les 5 points les plus importants à comprendre, et signale-moi s’il y a des clauses inhabituelles ou potentiellement défavorables pour moi. »

« J’ai une conversation difficile à avoir avec mon associé : on n’est pas d’accord sur la direction à prendre pour notre société. Je veux préparer mes arguments. Voici ma position [expliquer]. Joue l’avocat du diable et donne-moi les contre-arguments les plus solides qu’il pourrait m’opposer. »

Son défaut : pas de génération d’images. Nombre de requêtes limitées, même avec un abonnement.

Gemini : l’assistant Google, pour ceux qui vivent dans Gmail, Docs et Drive

Gemini est l’IA de Google. Son grand avantage n’est pas sa performance intrinsèque, comparable aux autres, mais son intégration native dans tout l’écosystème Google.

Exemples concrets d’usage : résumer des emails, chercher un document dans Drive, rédiger directement dans Google Docs, organiser son agenda, synthétiser des fils de discussion Gmail.

Prompts qui marchent :

« Résume les 5 emails les plus importants que j’ai reçus aujourd’hui et dis-moi lesquels demandent une réponse urgente. »

« Dans mon Google Drive, trouve tous les documents qui parlent de [sujet] et fais-m’en un résumé. »

« J’ai une réunion demain sur [sujet]. Prépare-moi 5 questions pertinentes à poser, basées sur les emails récents de ce fil de discussion. »

Perplexity : le vérificateur de faits pour chercher, vérifier, ne pas se faire avoir

Perplexity n’est pas un assistant conversationnel comme les autres. C’est une IA de recherche : elle cherche sur le web en temps réel et cite systématiquement ses sources. Quand on veut vérifier une information avant de la partager, c’est l’outil.

Exemples concrets d’usage : vérifier une statistique ou une étude avant de la citer, faire une veille sur un sujet précis, comparer des informations contradictoires, chercher des sources récentes sur un thème.

Prompts qui marchent :

« Est-il vrai que manger du fromage une fois par semaine réduit le risque de démence de 24% ? Donne-moi les sources de cette affirmation et précise si l’étude est sérieuse. »

« Quelles sont les études scientifiques récentes (2024-2026) sur les bienfaits de la marche sur la santé mentale ? Cite tes sources. »

« Je vais partager cet article [coller le lien ou le titre]. Est-ce que les informations qu’il contient sont vérifiées ? Y a-t-il des éléments contestés par d’autres sources ? »

Son défaut : moins bon pour créer du contenu ou avoir une vraie conversation de fond.

Bien entendu, tout cela n’arrête pas de changer, donc évitez de prendre des abonnements à l’année, privilégiez les abonnements mensuels et refaites le point régulièrement sur les capacités de chaque IA 😉
Même s’il y a aussi un avantage à avoir un abonnement sur le long terme avec une IA : elle garde en mémoire vos requêtes et vous connaît donc de mieux en mieux, en se nourrissant de ce que vous lui avez déjà dit. Si vous lui demandez un conseil médical un jour, elle saura vous mettre en garde avec la compatibilité d’un médicament renseigné dans une requête précédente. Par exemple.

POUR ALLER PLUS LOIN

Lire les ouvrages de Eric Sadin

Découvrir les livres de Joël de Rosnay

(Re)découvrir la bande annonce de l’Odyssée de l’espace

Ecouter le podcast « Les voies de l’IA »

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