Prendre de la hauteur

Quand l’actualité s’assombrit et que le « bruit » du monde devient assourdissant, notre premier réflexe peut être de nous recroqueviller. Et c’est sain : se mettre en boule, c’est protéger son énergie, s’offrir un cocon nécessaire pour ne pas s’éparpiller quand tout tangue. Mais une fois le souffle retrouvé, il existe un autre mouvement salutaire…
 
En bons Nolds que nous sommes, nous nous souvenons tous de cette scène du Cercle des Poètes Disparus où John Keating grimpe sur son bureau. « Si je monte sur cette table, c’est pour affirmer qu’il faut constamment changer de perspective (…). Car voyez-vous, le monde a une tout autre allure vu d’ici. »
Grimper sur une table est déjà une expérience, pas besoin de gravir 2000 mètres de dénivelé pour prendre de la hauteur. L’idée n’est pas non plus d’aller toujours plus haut que les autres, le professeur Keating n’enseigne pas à ses élèves comment dominer les autres, mais comment ne pas se laisser dominer par les conventions. Il ne s’agit donc pas de « dominer » une situation de haut avec dédain, mais simplement, de prendre du recul. C’est changer d’échelle pour retrouver de la clarté : passer de la fourmi qui bute sur un caillou à l’oiseau qui voit le chemin et contourne l’obstacle. En montant d’un cran, on ne nie pas la difficulté, on lui redonne juste sa juste place dans un paysage plus vaste.
 
Anne et Charlotte, fourmis ailées.

LA PENSÉE DU JOUR

TEST & NOLD

5 INFOS À NE PAS PRENDRE DE HAUT

L’info historique : le secret du Djed dans l’Égypte ancienne. Le Djed était un pilier symbolisant la colonne vertébrale du dieu Osiris. Chaque année, lors d’une grande cérémonie, le Pharaon lui-même aidait à « redresser le Djed ». Pour les Égyptiens, tant que cet axe n’était pas vertical, l’âme restait entravée. Se redresser physiquement était le préalable indispensable pour que l’esprit puisse, lui aussi, s’élever.

L’info géologique : le sommet qui dépasse l’Everest On nous a menti (ou presque) ! Si l’Everest est le toit du monde par son altitude au-dessus du niveau de la mer, le Mont Chimborazo en Équateur est techniquement « plus haut » si l’on mesure depuis le centre de la Terre. À cause du renflement de la planète à l’Équateur, son sommet est le point le plus proche des étoiles (à 6 384 km du centre contre 6 382 km pour l’Everest). Comme quoi, tout dépend du point de référence que l’on choisit 😉

L’info spatiale : l’Overview Effect C’est le choc cognitif que vivent les astronautes en voyant la Terre depuis l’espace. On appelle aussi cela la « Bille Bleue » (Blue Marble). En prenant une hauteur absolue, ils ne voient plus de frontières nationales, mais une unité fragile. Ce recul (assez extrême et pas donné à tout le monde, soit) ne les rend pas froids ou distants : au contraire, il déclenche une empathie démesurée pour l’humanité. Et si vous ne pouvez pas vous propulser dans l’espace, vous pouvez déjà vivre une expérience immersive avec l’appli blueturn.earth

L’info linguistique : prendre ensemble Étymologiquement, « Comprendre » vient du latin cum-prehendere : saisir ensemble. Pour comprendre une situation qui nous dépasse, il faut s’élever assez haut pour pouvoir saisir tous les morceaux du puzzle d’un seul regard. Si on reste trop près, on ne voit que les pièces, jamais le dessin.

L’info biologique : l’horizon apaisant C’est physiologique, fixer l’horizon (une ligne lointaine) calme instantanément l’amygdale, le centre de la peur dans notre cerveau. Le champ visuel large signale à notre système nerveux qu’il n’y a pas de danger immédiat. Regarder loin, c’est dire à son corps de descendre en pression.

JUST NOLD IT

3 clés pour changer d’altitude

1. S’offrir « une météo intérieure »

Prendre de la hauteur commence par un arrêt sur image pour reconnaître ses émotions et identifier ses besoins. Le silence n’est pas l’absence de bruit, c’est la présence à soi. C’est s’élever au-dessus de l’agitation pour observer ses propres émotions comme des nuages qui passent. Et pas besoin d’être un moine tibétain pour s’écouter, une simple pause café sans smartphone peut suffire 😉

2. Le test des 10-10-10

Cette méthode a été inventée par Suzy Welch qui a étudié en détail le fonctionnement du cerveau au cours de la prise de décisions. Elle a mis le doigt sur une faille nommée “l’escompte hyperbolique”, qui signifie que nous nous comportons comme si le futur n’existait pas. Pour prendre de la hauteur face à un souci, elle suggère de se poser cette question : quel impact ce problème aura-t-il dans 10 minutes ? 10 mois ? 10 ans ? Ce zoom temporel remet les drames quotidiens à leur place. (Après, même si dans 10 ans, votre problème de wifi sera oublié, ça sera compliqué de ne pas vous énerver dans 10 minutes. On sait, mais on tente…)

3. Cultiver une posture majestueuse

C’est l’art de rester droit comme le pilier Djed 😉 Des analyses en laboratoire, menées par Amy Cuddy, chercheuse en psychologie, ont prouvé qu’une posture redressée, épaules dégagées, exprimant la confiance en soi a, au bout de deux minutes, un effet sur la chimie de notre cerveau. Elle stimule la production de testostérone et diminue le taux de cortisol, l’hormone du stress. Alors pensez à votre maman qui vous répétait sans cesse “mais redresse-toi” !

POUR ALLER PLUS LOIN

Ecouter la conférence d’Amy Cuddy “Votre langage corporel forge qui vous êtes”

S’envoler avec Tina Arena quand elle chante “Aller plus haut”

Lire l’article de Maxime Blondeau de qui explique pourquoi l’Everest n’est plus le sommet le plus haut du monde

Lire le livre de Bertrand Piccard “Changer d’altitude”

DECOUVRIR NOS DERNIERS ARTICLES

Cet article vous a plu ?

2 Comments.

  1. Bonjour Nold,
    Jeune retraitée depuis un an je suis fan et accro à votre newsletter.
    Sa complétude et la manière d’embarquer les sujets sont toujours très pertinents et le ton parfois humoristique dédramatise très bien les sujets plus graves.
    MERCI MERCI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *