Rien n’est acquis, tout mérite d’être savouré.
Comme il est étrange qu’il nous faille perdre quelque chose pour mesurer combien c’était formidable de l’avoir. On utilise ses mains sans les remercier, puis on se fait une fracture et quand enfin c’est réparé, qu’on retrouve sa mobilité, on se rend compte combien c’est un outil précieux. Ou alors, on devient aidant, on perd en autonomie et du coup chaque moment où on se retrouve libre de faire ce qu’on veut, on le vit à 100 %. On adore la mer, et dès qu’on la voit, c’est une grande joie alors que lorsqu’on vit à côté, on finit par ne plus y faire attention. Les exemples sont innombrables.
« Peut-être que l’un des secrets d’un rapport heureux au temps, c’est de ne pas tomber dans l’indifférence. » s’exclame dans une interview au Monde Chantal Thomas, universitaire et écrivaine (à ne pas confondre avec Chantal Thomass, pour les Nolds modeux). Et de prendre comme exemple son « expérience de la sciatique [qui lui] a fait comprendre que parcourir l’espace peut être une joie incroyable. Ces mêmes gestes qu’on a pu faire en une sorte d’automatisme, presque d’inconscience, lorsqu’on sent qu’on peut les perdre, deviennent un bien précieux ».
Un rapport attentif, souple, vibrant à certains petits moments de la journée (une douche chaude, une marche au soleil, un sourire dans la rue…) donne de l’énergie, des idées, de la gaieté, tandis que le fait de prendre tout pour acquis diminue notre capacité d’émerveillement et donc de ressourcement.
Anne et Charlotte, qui n’attendent pas que les orages passent pour danser sous la pluie
TEST & NOLD
Le témoignage de Chantal Thomas (extrait de l’article du Monde du 14 septembre 2025)
« L’euphorie d’être soi-même est liée, je crois, à un rapport à la nature, à un bien-être sensuel, à une attention aux saisons. Les saisons permettent de penser un temps circulaire grâce auquel on n’est pas du côté de la chronologie, de l’usure, mais du côté du retour. Comme si c’était, à chaque fois, un évènement auquel on assiste pour la première fois. Et c’est bien le cas . […]
Si on n’est pas enchanté par le retour des saisons, par les signes avant-coureurs d’un très beau ciel, d’un orage, ce n’est pas au moment où on ne peut plus bouger de son lit qu’on va l’inventer. »
La valeur des choses selon Schopenhauer
Schopenhauer part d’une idée simple mais puissante : nous ne percevons la vraie valeur d’une chose qu’au moment où elle nous échappe. Tant qu’elle est présente, elle se fond dans notre quotidien et devient « invisible » à notre conscience. Cette thèse s’inscrit dans sa philosophie du désir et de la souffrance :
Le mécanisme du désir
Pour Schopenhauer, la vie est animée par le vouloir-vivre, une force qui nous pousse à désirer sans cesse.
Une fois un désir satisfait, il cesse de nous procurer du plaisir et devient banal. Nous nous tournons vers autre chose.
Ce cycle crée une illusion : nous croyons que la possession nous rendra heureux, mais dès qu’elle est acquise, elle perd son éclat.
La perte comme révélateur
Quand un objet, une personne ou une situation disparaît, le manque réactive notre conscience de sa valeur.
Ce contraste entre « avoir » et « ne plus avoir » met en lumière ce que nous tenions pour acquis.
Schopenhauer parle d’un « voile » que la familiarité jette sur les choses, et que la perte déchire.
Le regret et la souffrance
La perte engendre la douleur, mais aussi une lucidité : la preuve que la valeur était réelle mais occultée par la routine.
Ce regret est lié à notre incapacité à vivre dans le présent, car nous sommes toujours tendus vers le futur ou prisonniers du passé.
Implication pratique
Schopenhauer invite à cultiver une forme de détachement et de gratitude consciente.
Apprendre à « voir » la valeur des choses avant qu’elles ne disparaissent est un antidote à la souffrance liée au manque.
JUST NOLD IT - Savourer à 100%
Comment ne plus prendre les moments du quotidien pour acquis, mais les habiter pleinement.
1. Être ici et maintenant
Et sortir le nez de son téléphone, notamment quand on marche ou quand on parle avec quelqu’un (oui c’est un peu fou d’avoir à rappeler cela, mais validé par nos observations… voire nos pratiques). Selon Simone Weil « L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité. Il est donné à très peu d’esprits de découvrir que les êtres et les choses existent. »
2. Pratiquer la pleine conscience par moment
S’arrêter et écouter les sons autour de soi. Relever le nez et regarder par la fenêtre au plus loin possible, en observant les ombres, les vitrines, les nuages. Manger en identifiant chaque bouchée. Lorsqu’on se promène, prendre le temps d’activer tous ses sens, façon mini-scan sensoriel (yeux / nez / oreille… et pour une fois on n’ouvre pas la bouche ;-).
3. Savourer les plaisirs
Quand un moment plaisant survient (un café au soleil, un message d’ami, les lumières d’un coucher de soleil, une bonne douche chaude), faire une pause pour amplifier la trace mémorielle du plaisir.
En fonction du lieu où l’on habite mer, nature, balade urbaine, lever les yeux au ciel
4. Renforcer son émerveillement
Chaque soir, noter 3 micro‑émerveillements ou kifs de la journée (le rire d’un voisin, une jolie fleur, un message inattendu). L’habitude construit une météo intérieure plus ensoleillée.
5. Prendre du recul
Transforme les petites misères en vannes légères : l’humour libère, rassemble et protège . Cette auto‑ironie joyeuse est notre antidote au sérieux pesant du « temps qui passe ».
6. Amplifier les micro-moments
Ne pas hésiter à les partager avec quelqu’un (voire même par un texto « regarde ce ciel ! ») : le plaisir augmente lorsqu’il est co‑perçu.
POUR ALLER PLUS LOIN
Faire le test de Psychologie Magazine pour savoir ce qui vous empêche de savourer le quotidien
Ecouter l’émission de France Inter : « Comment retrouver le goût de l’émerveillement ? »



Merci pour cette analyse bienfaisante
Merci pour vos newsletters
Super news letter.
J’ai adoré.
Une revue serait Top
Merci pour toutes ces belles lectures et ces bons conseils!👍🙏