Vous vous sentez fatigués ?

Nous, chaque année, c’est la même rengaine. On se promet de se coucher plus tôt, de manger plus vert, de cesser de sponsoriser le club de gym et d’y aller vraiment. Et pourtant, dès le 2 janvier : PLOUF. À la place de l’énergie attendue, une fatigue rampante. Pas forcément la grande fatigue tragique, mais une lassitude en fond d’écran. Entre l’état du monde, le froid, la raideur des articulations le matin, compliqué de savoir ce qui nous épuise le plus.

Est-ce que ça veut dire qu’on est attaqué par les années ? Pas que. Est-ce que la fatigue est inévitable ? Pas toujours. Et surtout, est-ce qu’on pourrait la regarder autrement ? Oui, et c’est même intéressant parce que la fatigue n’a pas toujours existé sous cette forme. Elle est multidimensionnelle : culturelle, sociale, politique même. 

Et si on apprenait à faire la paix avec elle ? Car non, la fatigue n’est pas qu’un symptôme de l’âge. Et l’attitude qu’on doit développer avec le temps, c’est de moins être dans la résistance, plus dans l’acceptation et ainsi de lui laisser moins d’espace.

Anne et Charlotte, qui se demandent si la première étape n’est pas d’arrêter de dire “je suis fatiguée”

LA PENSÉE DU JOUR

TEST & NOLD

Tous fatigués, mais pas de la même manière

Petite histoire d’une grande lassitude.

La fatigue n’a pas toujours eu mauvaise presse. Au Moyen Âge, on la vivait dans le corps : elle se voyait dans les muscles, elle sentait la sueur. Les pèlerins, les marcheurs, les paysans étaient éreintés, et il faudra attendre le XVIIe pour que Descartes introduise la notion de « fatigue de l’esprit ». A ce moment-là, Georges Vigarello (qui, pour écrire Histoire de la fatigue du Moyen-Âge à nos jours, a dû déployer une sacrée énergie) explique que « la fatigue est devenue le versant intime de notre existence ».

Progressivement, on passe de la fatigue physique (effort, sueur, muscles) à une fatigue mentale, puis existentielle. Au XVIIIe, la lassitude devient un signe de sensibilité : les lettres de femmes de l’aristocratie en sont pleines. Au XIXe, l’accélération industrielle fait naître la notion de surmenage. Depuis la fin du XXè siècle, c’est le burn-out qui s’impose comme figure centrale de l’épuisement tout comme la notion de “charge mentale”.

En 2023, le rapport ‘’Une société fatiguée ?’’, publié par la CFDT et la Fondation Jean-Jaurès, mettait des mots sur une lassitude devenue collective. Il évoque une fatigue institutionnelle, démocratique, éducative : des formes d’épuisement qui ne touchent plus seulement les individus, mais les structures mêmes censées organiser notre vie commune. Quand voter semble ne rien changer, quand l’administration devient kafkaïenne, quand l’école croule sous les injonctions contradictoires… c’est toute notre confiance collective qui vacille.

Petite philosophie de la fatigue

Sénèque, stoïcien en chef, distingue la « bonne fatigue », celle d’un effort juste et aligné avec nos valeurs; de la « mauvaise fatigue », fruit de l’apathie et de la mollesse. Pour lui, ce n’est pas la fatigue qui est un mal, c’est l’attitude qu’on adopte face à elle. La fatigue peut nourrir l’âme, si elle résulte d’une action juste. Sinon, elle nous vide.

Simone Weil, expérimentant elle-même le travail en usine, décrit une fatigue qui dépouille l’individu de sa dignité. Une fatigue qui ne laisse aucune place au repos, à la fierté, ni même à la solidarité. Elle devient le visage concret de l’aliénation : on travaille jusqu’à s’effondrer, sans même pouvoir s’en plaindre.

Jonathan Crary (critique d’art et essayiste américain connu pour ses analyses sur l’impact du capitalisme sur notre attention, notre sommeil et notre rapport au temps) va plus loin encore. Selon lui, le capitalisme moderne, obsédé par la performance 24/7, a décidé de coloniser même notre repos. Le sommeil, ce temps non monétisable, devient un acte de résistance. Il parle d’‘épuisement programmé” : on consomme,on produit en masse, on scrolle, on swipe… mais on ne se repose plus. Et que dire de la digitalisation du monde, censée vous faciliter la vie et dont la pratique addictive et ses sur-sollicitations finissent par nous épuiser.

Ce qu’on voudrait, ça n’est pas forcément la révolution, mais une bonne sieste collective.

JUST NOLD IT

Et si on arrêtait de lutter contre la fatigue ?

1. Dormir pour résister
Le sommeil n’est pas une perte de temps. C’est un refus de la productivité constante. Surtout entre 45 et 75 ans, où il se fragilise (et c’est pour cette raison que nous avons développé un coaching Nold spécial sommeil/fatigue, à retrouver ici).

2. Bouger pour sécréter du vivant
Pas besoin de marathon. Le matin : quelques étirements au lit, bras levés, respiration profonde et faire un bain de lumière en regardant par la fenêtre (même par jour sombre). En journée : monter les escaliers, marcher vite entre deux rendez-vous. Le soir : danse dans la cuisine, ou 5 minutes de yoga. Le week-end : balade en nature, atelier de danse ou même un tour de quartier avec une bonne playlist.

3. Manger pour recharger, pas pour compenser
Le sucre rapide donne un coup de fouet… suivi d’un coup de barre. Les aliments ultra-transformés fatiguent le foie et perturbent l’énergie. Ce qui booste : les fibres (légumineuses, légumes, fruits), les bons gras (noix, avocat), le magnésium (cacao, banane, amandes), l’hydratation. Quant au café, vous saurez tout en relisant notre NL dédiée par ici.

4. Stimuler le cerveau comme un muscle
Lire un livre de quelqu’un qui pense autrement, apprendre quelques mots d’une nouvelle langue, tenir un journal, reprendre un instrument ou un passe-temps : l’éveil intellectuel relance la dopamine, nourrit l’attention, redonne de la saveur aux jours.

5. Créer du lien pour déconnecter
L’isolement fatigue plus que le bruit et souvent, il empêche le vrai repos. Un thé avec une amie, un atelier créatif, une discussion imprévue avec un voisin… Ces petits liens ordinaires recréent de l’énergie. Le lien social, c’est comme une batterie externe, il suffit de se brancher 😉

6. S’autoriser des moments de ressourcement
Le tour du pâté de maison, une micro-sieste (lire la Noldletter sur le sujet par ici), un coup de fil à une amie, deux pièces ajoutées à un puzzle, 3 pages d’un bon bouquin, prendre une journée off, aller dans la nature, etc.

7. Accepter sa fatigue, parfois
La fatigue n’est pas un échec, c’est un message. Peut-être que vous avez besoin de faire une pause, de pleurer,de changer de rythme, de retrouver du sens ou juste de ne rien faire. Reconnaître qu’on est fatigué, c’est déjà prendre soin de soi.

POUR ALLER PLUS LOIN

Lire la BD qui a popularisé le concept de la charge mentale

Ecouter cette chronique drôle et hyper intéressante de France Inter : “Les cernes, une esthétique de la fatigue”

Danser à fond les ballons sur ‘’On n’est pas fatigué’’ du Collectif Métissé

Retrouver un sommeil réparateur avec le coaching Nold Sommeil / Fatigue

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