TEST & NOLD
Quand les recettes deviennent vitales
Les recettes de cuisine arrivent aussi là où on ne les attend pas.
Dans les camps et les ghettos nazis, des prisonniers et prisonnières, affamés, épuisés, consignaient ensemble des recettes de cuisine, à plusieurs voix, de mémoire. Ils débattaient d’un ingrédient, d’un geste, d’un temps de cuisson, comme on reconstruit un monde quand le réel s’est effondré. Un exemple bouleversant est celui de Theresienstadt, où une femme, Minna Pächter, rassembla ces recettes au cœur de la faim, jusqu’à sa mort.
Ces écrits n’étaient pas destinés à être cuisinés, mais à tenir. Sauvegardés in extremis, confiés après la guerre, transmis de main en main, ils ont fini par être publiés sous le titre In Memory’s Kitchen.
Anne Georget, réalisatrice et enquêtrice, a été plus loin en retraçant la mémoire de ceux qui les avaient écrits à travers ses films et son livre, Les Carnets de Minna. Ces pages retrouvées disent l’essentiel : écrire une recette quand on meurt de faim, c’est refuser de n’être plus qu’un corps affamé, c’est maintenir la mémoire, la transmission, le lien


