Le plastique, c’est fantastique ?

Vous connaissez la chanson, « Le plastique c’est fantastique », mais saviez-vous qu’elle était d’Elmer Food Beat, en 1989 et que la chanson parlait du préservatif ? L’idée était d’en promouvoir l’usage en pleine épidémie de sida, le ministère de la Santé l’avait même reprise dans ses campagnes de prévention. Le plastique en question n’avait donc rien à voir avec nos Tupperwares et pourtant le titre a traversé les décennies comme le slogan involontaire d’une époque qui y croyait dur comme fer.

Parce que pour notre génération, le plastique n’était pas un problème. C’était une promesse, et une promesse très bien marketée. L’après-guerre avait laissé une Europe qui manquait de tout, matières premières, argent, temps. Le plastique est arrivé comme une réponse à tout ça à la fois : bon marché, léger, incassable, facile à nettoyer et, argument massue de l’époque, parfaitement hygiénique. Le plastique a accompagné chaque étape de notre vie, avec, il faut l’admettre, un certain génie pratique. Les chaises de jardin qu’on empilait sans effort, les jouets incassables sous le sapin, les Lego indestructibles, les cabas de supermarché qu’on froissait dans une poche. Il a offert des formes nouvelles  et des objets légers à transporter.

Puis les alertes sont arrivées, timides d’abord, un peu plus insistantes ensuite, on s’est mis à faire consciencieusement le tri sélectif en croyant avoir fait notre part. Mais hélas… 90 % du plastique n’est pas recyclé. Une grande partie est exportée vers des pays en développement qui servent de décharge à bas coût pour l’Europe et les États-Unis.

En 2021, une étude publiée dans la revue Environment International a détecté pour la première fois des microplastiques dans le sang humain, chez 77 % des personnes testées. Les scientifiques travaillent encore à les mesurer précisément, mais les pistes sont préoccupantes : perturbation endocrinienne, inflammation, effets potentiels sur la fertilité et le développement. La promesse d’autrefois a pris une tout autre couleur.

C’est là, précisément, que notre génération a quelque chose d’unique à offrir. On a connu l’avant, la bouteille de lait en verre consignée, le marché avec le panier en osier, les restes dans un bol recouvert d’une assiette retournée : on n’a pas à réinventer quoi que ce soit, on a juste à se souvenir et à agir.

Anne et Charlotte, dont on pourrait dire qu’elles ont une belle plastique 😜

LA PENSÉE DU JOUR

TEST & NOLD

L’ÎLE QUE PERSONNE NE VISITE ET QUE TOUT LE MONDE POLLUE.

On connaît le continent plastique, mais dans le Pacifique Sud, il existe une île qui témoigne de tout ce que nous infligeons à nos océans. Henderson Island, un atoll de 31 kilomètres carrés, inhabité, recouvert d’une broussaille forestière haute de 5 à 10 mètres, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO pour sa faune aviaire et sa singularité géologique, est aujourd’hui l’endroit le plus exposé à la pollution plastique par mètre carré sur toute la surface de la Terre. Pas d’habitants, pas d’usines, pas d’industries aux alentours. Et pourtant, la Royal Society for the Protection of Birds y a recensé une moyenne de 671 objets en plastique par mètre carré sur son sol. Ses plages contenaient en 2018 entre 37 et 40 millions de déchets plastiques, soit près de 18 tonnes.

Ce qui rend cette île si tragiquement parlante, c’est justement son isolement. Henderson est prise dans le tourbillon géant du gyre océanique du Pacifique Sud, un de ces immenses courants circulaires qui couvrent jusqu’à 34 millions de kilomètres carrés, soit plus de 70 fois la superficie de la France, et qui agissent comme des filtres planétaires, concentrant patiemment tout ce que les rivières du monde ont déversé dans les mers. Nos sachets de supermarché finissent là, nos bouteilles aussi, nos filets de pêche perdus en mer également. Et le plastique ne disparaît pas. Il se fragmente en microplastiques invisibles à l’œil nu, entre dans les organismes marins, remonte la chaîne alimentaire et atterrit, au bout du voyage, dans notre assiette et dans notre corps.

Au milieu de ce tableau difficile, des initiatives existent et méritent d’être encouragées. En 2019, une opération de nettoyage a permis de retirer 6 tonnes de déchets des plages de Henderson. En 2024, l’équipage de Plastic Odyssey en a évacué 9 tonnes supplémentaires dans des conditions épiques. Dans les océans, The Ocean Cleanup déploie des systèmes de collecte en haute mer. À terre, des entreprises comme Carbios travaillent sur le recyclage enzymatique du plastique. Ce ne sont pas des solutions miracles, tant que l’hémorragie n’est pas enrayée à la source, les gyres se rempliront encore. Mais chaque geste compte, et chaque initiative mérite qu’on la soutienne.

JUST NOLD IT

COMMENT RÉDUIRE PAS À PAS NOTRE UTILISATION DE PLASTIQUE…

… à la fois pour notre santé et pour notre planète ?

Ce qu’on arrête de faire en priorité 

  • Ne jamais chauffer un aliment dans du plastique, même estampillé « micro-ondable » : la chaleur libère des perturbateurs endocriniens directement dans la nourriture
  • Même logique pour les aliments gras ou acides (huile, tomate, citron) qui accélèrent le transfert des molécules plastiques
  • Le film alimentaire en contact direct avec un plat encore chaud : à bannir
  • La bouteille d’eau plastique oubliée dans la voiture en été : idem

Ce qu’on remplace facilement

  • Les boîtes en plastique → trois ou quatre bocaux en verre avec couvercle font le travail et durent trente ans (et pour ceux qui s’inquiètent du poids, on a porté des cabas remplis de bocaux Le Parfait bien avant que le plastique soit à la mode, c’est même une bonne occasion de lutter contre la fonte musculaire 😉)
  • Les gourdes ou bouteilles plastiques → une gourde en inox remplace des centaines de bouteilles par an
  • Le film étirable → une simple assiette retournée sur un bol suffit parfaitement, c’est ce qu’on faisait avant, ça marche encore très bien ; les bee wraps en cire d’abeille sont une alternative pratique pour les repas à emporter
  • Les sacs de caisse → un filet en coton dans le sac à main règle la question définitivement
  • Les planches à découper en plastique → en verre ou en bois
  • Les tapis de yoga ou de Pilates → en liège, bien plus sains et agréables
  • Les stylos jetables → un stylo-plume rechargeable, ça dure toute une vie
  • Le matériel high-tech → privilégier le reconditionné, ou les matériaux plus naturels quand c’est possible (une souris en bois, des écouteurs avec câble en tissu tressé, une coque de téléphone en lin ou en paille de blé, etc…)
  • Le gel douche et le shampoing liquides → du savon et du shampoing solides

Ce qui diminue nos déchets plastiques

  • Les marchés et les AMAP permettent d’éviter l’essentiel des suremballages : on présente ses bocaux au fromager, au charcutier, et la plupart des commerçants adorent ça
  • Au supermarché : choisir le grand format plutôt que les portions individuelles, préférer les conserves en verre ou en métal, fuir les fruits et légumes préemballés, repérer le rayon vrac pour les pâtes, céréales et légumineuses, il en existe de plus en plus.

Et la plus belle étape : la transmission. On est la génération qui a vu l’avant et l’après, qui a connu les bouteilles en verre consignées et les gyres de plastique. Cette position est à la fois une responsabilité et une chance. Parler aux petits-enfants, leur montrer le bocal et le filet, leur expliquer Henderson Island — non pour les accabler d’un monde qu’ils n’ont pas choisi, mais pour leur donner des gestes concrets et l’envie de les adopter. C’est le plus beau des héritages qu’on puisse leur laisser, et il ne coûte rien.

POUR ALLER PLUS LOIN

Passer du temps sur le site très complet de Plastic Odyssey

Télécharger Yuka pour scanner les emballages et détecter les additifs problématiques

Découvrir la boutique en ligne « Sans BPA » qui propose depuis 2009 une large gamme de produits sains, durables & sans plastique !

Ecouter la chanson “Le plastique c’est fantastique” d’Elmer Foot Beat au risque de l’avoir dans la tête toute la journée

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