Il pleut, c’est merveilleux

Saviez-vous que la pluie fait des claquettes ? Sur le trottoir, à minuit en plus.
Tous ceux qui ont reconnu Claude Nougaro ont gagné l’opportunité de nous proposer un prochain sujet sur lequel écrire ;-).
De Gene Kelly qui dansait en chantant « I’m singin’ in the rain » à Verlaine qui languissait, la pluie inspire… ou déprime. Combien d’entre nous vérifient la météo tous les matins et pestent contre la pluie jusqu’à se doter d’applications pour la suivre heure par heure ?
Et combien d’autres se désespèrent de ne pas la voir tomber sur leurs cultures, dans leurs puits ou pour remplir les nappes phréatiques ?
Pluie qui active tous nos sens, à commencer par le son qui tambourine sur nos toits et nos vitres, que nous aimons écouter blottis sous une couette, la vue sur ses gouttes qui rebondissent sur le sol et transforment la couleur du paysage, le toucher (on a tous expérimenté le retour à la maison, trempé jusqu’aux os, le cheveu dégoulinant), et enfin l’odorat.
L’odeur de la pluie ! Une senteur sans flacon qui arrive un peu avant les gouttes, qui semble monter de la terre et nous évoque tout un tas de sensations familières : la cour de récré, les bottes en caoutchouc, le bitume qui fume, les trajets de retour dans la Renault 16 avec l’essuie-glace qui couine et la radio en fond.

Et pour finir, le cadeau qu’elle nous fait quand elle nous quitte sur un arc-en-ciel. Car après tout, comme le dit le Nold proverbe « après la pluie, le beau temps »!

Anne et Charlotte, qui acceptent de sentir le chien mouillé si ça fait pousser les plantes

LA PENSÉE DU JOUR

TEST & NOLD

Pétrichor, géosmine et autres mots qui sentent bon

Cette odeur de pluie vous semble familière… mais saviez-vous qu’elle a un nom ?
En 1964, deux géologues australiens, Isabel Bear et Richard Thomas, publient un article dans Nature où ils baptisent ce parfum si particulier : le pétrichor.

Le mot vient du grec petra (pierre) et ichor (le sang des dieux dans la mythologie). Littéralement : le sang des pierres. Ça sonne comme un poème, non ? Mais derrière la poésie, il y a une mécanique fascinante.

Comment ça marche ?
Quand la pluie tombe après une période sèche, elle rencontre un sol chaud, imprégné d’huiles libérées par les plantes. Le choc thermique allié à l’humidité déclenche un phénomène microphysique : de minuscules bulles se forment à la surface du sol et explosent, projetant dans l’air des molécules volatiles.

Parmi elles : la géosmine, une molécule produite par des bactéries du sol. Et notre nez est incroyablement sensible à la géosmine : on peut la détecter à des concentrations de l’ordre de 5 parties par milliard (c’est à dire qu’on la détecte mieux que certains requins ne détectent le sang, c’est dire ;-))

Pourquoi cette odeur nous touche autant ?
Parce qu’elle est profondément ancrée dans notre mémoire sensorielle.
Mais aussi, selon certains chercheurs, parce qu’elle aurait eu une valeur adaptative dans l’évolution : détecter l’arrivée de la pluie, c’était identifier une source d’eau potable, précieuse pour la survie.

Et chez beaucoup, elle réactive aussi une mémoire émotionnelle. Ce n’est pas un hasard si elle vous rappelle l’enfance, les retours de vacances, les premières colonies, ou ce moment très précis où vous avez embrassé quelqu’un sous la pluie en 1987… (sans doute inspiré par une des nombreuses scènes de baiser au cinéma sous la pluie, alors pour raviver vos souvenirs, rendez-vous dans les Pour aller plus loin).

Comme une légère pluie de poèmes

Parce que la pluie n’est pas qu’un phénomène météorologique, mais un déclencheur d’émotions, on a eu envie d’écouter ce qu’en disent ceux qui savent transformer les gouttes en vers : les poètes.

Chez eux, il ne pleut pas que dehors, il pleut aussi dedans 😉

Chez Verlaine, la pluie devient le miroir d’un chagrin diffus, presque sans objet : une tristesse qui s’infiltre comme l’eau, sans prévenir, ni raison claire. Le poème épouse le rythme de l’averse, doux, lancinant, presque hypnotique, et donne à la mélancolie une beauté étrange, presque confortable.

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !

Paul Verlaine
Romances sans paroles (1874)

Francis Carco, écrivain et poète du Paris populaire, évoque une pluie de fin d’amour : douce au début, puis déchirante à la fin. Ici, la pluie scande le temps d’une séparation annoncée,  on entend son crépitement comme on sent monter les larmes. La météo, comme souvent en poésie, devient un prétexte pour parler de ce qu’on ne sait pas dire autrement.

Il pleut — c’est merveilleux. Je t’aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d’arrière-saison.

Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit… qu’on ne s’entend plus !

C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte…
Et tu me souris tendrement.

Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.

Francis Carco
Poésies (1939)

POUR ALLER PLUS LOIN

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Regarder le superbe BLOW UP sur la pluie au cinéma

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Ecouter toutes les plus belles chansons de pluie

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Écouter la chronique de 3 minutes : « D’où vient le petrichor, cette bonne odeur de la terre après la pluie ? »

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Regarder Gene Kelly danser sous la pluie

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5 Comments.

  1. Bonjour
    Merci pour cet article sur la pluie.
    Pour moi une des scènes les plus romantique sous la pluie est celle dans « Pride and préjudice » (film de 2005) avec Matthew Macfadyen

  2. Bonjour,
    j’ai reconnu Claude Nougaro ! Bien sûr !!!
    Et j’ai toujours été à l’affut du Petrichor, que j’adore !!
    j’ai donc gagné le droit de vous soumettre une idée de sujet, très personnelle mais que je crois largement partagée. (peut-être l’avez-vous traité et l’aurais-je loupé ?)
    J’ai 60 ans et encore 3 ans et 3 mois d’activité devant moi. Une période courte à l’échelle d’une carrière… et pourtant suffisamment longue pour que l’esprit se projette déjà très fortement vers « l’après ».
    Comment rester pleinement engagée, impliquée et motivée quand l’échéance de la retraite devient l’horizon principal ? Comment éviter de vivre ces dernières années comme une salle d’attente, tout en préparant sereinement la suite ?
    Je m’interroge aussi sur l’image que l’on renvoie à ses collègues dans cette phase : comment continuer à transmettre, à apporter de la valeur, sans donner le sentiment d’être déjà à moitié partie ?
    J’envisage par ailleurs une retraite progressive dès juillet prochain, qui constitue aujourd’hui mon principal jalon de l’année. Une étape à la fois positive… et teintée d’un certain pincement.
    Voilà mon humeur du lundi 1er février !
    Bonne journée à vous et encore merci pour cette newsletter que j’attends toujours avec impatience !

    1. Bonsoir Patricia, vous avez peut-être lu dans nos pensées puisque nous traitons la préparation de la retraite en mode projet dans la Noldletter d’aujourd’hui ! Merci de votre suggestion qui va nous faire réfléchir plus largement à cette période.

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