On a tendance à voir son squelette comme un élément fixe, un peu comme le plan de la maison qui ne bouge pas même si on refait la déco autour. Pourtant, le squelette est un terrain mouvant : en permanence, des cellules démolissent du vieil os pendant que d’autres en reconstruisent du neuf, si bien que votre charpente entière se retrouve changée pièce par pièce tous les dix ans environ.
Ce chantier permanent, hélas, ne tourne pas toujours à plein régime. Chez les femmes, la ménopause vient dérégler l’équilibre : la destruction continue son travail, mais la reconstruction peine à suivre la même cadence, faute aux œstrogènes qui la soutenaient jusque-là. Chez les hommes, le même mécanisme existe, mais en version ralentie et sans date de départ précise puisqu’il n’y a pas d’effondrement hormonal brutal.
Saviez-vous qu’à la naissance, on compte environ 300 os et qu’à l’âge adulte, il n’en reste que 206 ? Le reste a fusionné en cours de route ! Cette opération concerne notamment les os du crâne, de la colonne vertébrale (les vertèbres sacrées, qui se soudent pour former le sacrum) et du bassin (ilion, ischion et pubis, qui ne deviennent qu’un seul os coxal). Un processus qui commence dès la petite enfance pour le crâne et se termine plus tard, autour de 20-25 ans, pour le bassin.
Autre fait étonnant : un astronaute perd 1 à 2 % de sa densité osseuse par mois, six mois là-haut et il redescend avec l’équivalent de dix ans de perte osseuse terrestre. Pourquoi ? Parce que sans gravité à combattre, l’os estime qu’il n’a plus besoin d’être costaud, et se met donc, très logiquement, à l’être un peu moins.
Mais bon, gardons les pieds sur terre, puisque c’est là que ça se joue pour la plupart d’entre nous. Le même principe s’applique au sol, juste en version ralentie : un corps qu’on ne sollicite plus vraiment finit, lui aussi, par considérer que la solidité est optionnelle.
Anne et Charlotte, en chair et en os, sur un terrain mouvant.
TEST & NOLD
Quand les os ont des choses à nous dire : nos Nolds expressions préférées sur les os. “Tomber sur un os”, rencontrer une difficulté imprévue et “Il y a un os”, il y a un problème, un détail qui coince :
“Un os à ronger”, un avantage minime donné pour faire patienter.
“Trempé (ou glacé) jusqu’aux os”, être mouillé ou avoir froid intensément.
“N’avoir que la peau sur les os”, être extrêmement maigre.
“Il ne fera pas de vieux os”, il ne va pas vivre vieux (sens ancien), ou il ne va pas rester longtemps quelque part (sens actuel).
“L’avoir dans l’os”, se faire tromper, subir un échec. |
JUST NOLD IT
Comment prendre soin de ses os ?
Deux maladies concentrent l’essentiel des soucis qu’on peut rencontrer avec l’âge, et elles ne touchent pas la même chose :
– l’arthrose détruit progressivement le cartilage, ce tissu qui protège les articulations et leur permet de glisser sans frottement. C’est la maladie articulaire la plus fréquente en France : environ 10 millions de personnes concernées, soit 65 % des plus de 65 ans et 80 % des plus de 80 ans. Elle se manifeste par une douleur qui s’aggrave à l’effort et s’apaise au repos, une raideur matinale généralement brève, parfois un gonflement.
– l’ostéoporose touche la densité de l’os lui-même, qui devient poreux et fragile. Elle concerne environ 39 % des femmes autour de 65 ans et 70 % de celles de plus de 80 ans. Elle ne provoque aucune douleur ni symptôme visible avant qu’une fracture ne survienne à la suite d’un choc pourtant mineur.
Pour faire de vieux os, quelques bonnes pratiques à mettre en place
- Le calcium au quotidien. Viser 1000 à 1200 mg par jour : un yaourt ou un verre de lait (150-200 mg), une portion de comté ou d’emmental (250-300 mg pour 30 g), des sardines avec arêtes (environ 400 mg pour 100 g), des amandes, des légumes verts, ou certaines eaux minérales riches en calcium.
- La vitamine D, souvent négligée. Viser 800 à 1000 UI par jour, via les poissons gras (saumon, maquereau, hareng), les œufs, le foie, et 10 à 15 minutes d’exposition solaire quotidienne aux heures les moins agressives. En cas de carence confirmée par une prise de sang, une supplémentation peut être.
- Le mouvement. Marche rapide, montée d’escaliers, danse, natation, vélo : toute activité régulière protège à la fois le cartilage et la densité osseuse.
- Le poids. Un excès de poids surcharge mécaniquement les genoux et les hanches et favorise aussi, via l’inflammation métabolique, l’arthrose des mains. Perdre 10 % du poids initial quand on est en surpoids améliore déjà nettement la qualité de vie articulaire.
- Le tabac et l’alcool. Les deux accélèrent la perte osseuse…
Consultez un médecin quand une douleur articulaire persiste plus de trois mois, quand une raideur matinale s’installe durablement ou une fracture survient après 50 ans à la suite d’un choc mineur, même si elle semble anecdotique. Les examens à connaître :
– la radiographie, pour confirmer une arthrose en cas de douleur mécanique persistante.
– l’ostéodensitométrie, recommandée à partir de 65 ans, ou en cas de facteur de risque : ménopause précoce (avant 40 ans), antécédent personnel de fracture, antécédent familial de fracture de la hanche, IMC inférieur à 19.
POUR ALLER PLUS LOIN
Lire l’article du Muséum d’Histoire naturelle sur l’auto-régénération de notre corps


