« Non, rien de rien, non, je ne regrette rien. » Piaf l’a chanté en 1960, la France entière l’a reprise en chœur pendant… très longtemps et à bien y réfléchir, il n’y a bien qu’elle pour l’affirmer avec autant d’aplomb. Parce qu’en vrai, tout le monde en a, des regrets. La question n’est donc pas de savoir si on en a, mais ce qu’on en fait.
Et sur ce point, il y a une étude qui dit beaucoup de choses en une seule image : des chercheurs se sont penchés sur les visages des médaillés olympiques, juste après l’annonce des résultats. Résultat contre-intuitif : les médaillés de bronze ont, en général, l’air plus heureux que les médaillés d’argent. Les bronzes se disent « au moins, j’ai une médaille » ; les argents se disent « si seulement j’avais fait un dixième de seconde de mieux ». Cela montre bien que le regret n’est pas une donnée objective mais une histoire que l’on choisit de se raconter 😉
On dit regretter une occasion manquée, regretter un mot de trop dit à quelqu’un ou encore regretter l’odeur de notre cartable d’enfance. On emploie le même mot, alors qu’il s’agit en réalité de trois émotions avec trois mécaniques et trois degrés de gravité complètement différents. Vous n’allez pas regretter d’en savoir un peu plus !
Anne et Charlotte, qui ne regrettent pas de s’être rencontrées.
TEST & NOLD
Tout n’est pas regret, le remords et la nostalgie s’en mêlent aussi ! Le remords : la morsure qui revient
Le regret : le royaume du « et si »
La nostalgie : l’ancienne maladie devenue bienfait
Alors, comment les distingue-t-on ?
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JUST NOLD IT
Que faire, concrètement, des remords et des regrets qui traînent ?
Le psychologue américain Daniel Pink, qui a consacré tout un livre à la question (The Power of Regret, 2022), propose une distinction simple : face à une même situation, on peut toujours se raconter deux histoires. Le « si seulement » (if only), qui fait mal sur le moment mais qui, utilisé intelligemment, pousse à mieux faire la prochaine fois, un peu comme les médaillés d’argent de tout à l’heure s’ils savent transformer leur frustration en entraînement supplémentaire plutôt qu’en rumination. Et le « au moins » (at least), qui soulage tout de suite.
1/ Si vous éprouvez du remords concernant une situation qui vous pèse (un service jamais rendu, une réponse pas donnée à temps…), réparez-le. Pas besoin de grande scène : un message, un appel, une excuse honnête suffisent souvent à la désamorcer.
2/ Si l’acte ne peut plus être réparé (une occasion ratée, une personne qu’on ne peut plus joindre), basculez volontairement en mode « au moins ». Autre façon de dire : voyez le verre à moitié plein.
3/ Racontez le regret ou le remords à voix haute ou par écrit, à quelqu’un ou sur une page. Le simple fait de le formuler clairement, plutôt que de le laisser tourner en boucle dans un coin de la tête, en réduit mécaniquement le poids.
4/ Traitez-vous comme vous traiteriez une amie qui vous raconterait exactement le même regret ou le même remords. On est presque toujours plus indulgent avec les autres qu’avec soi-même.
5/ Posez-vous la question : qu’est-ce que ce regret ou ce remords me dit sur ce qui compte vraiment pour moi ? Derrière la douleur ou la culpabilité, il y a aussi, souvent, un indice sur ce qu’on aurait dû prioriser et il n’est jamais complètement trop tard pour en tenir compte pour la suite.


