"Non, rien de rien, non, je ne regrette rien." Piaf l'a chanté en 1960, la France entière l'a reprise en chœur pendant… très longtemps et à bien y réfléchir, il n'y a bien qu'elle pour l'affirmer avec autant d'aplomb. Parce qu'en vrai, tout le monde en a, des regrets. La question n'est donc pas de savoir si on en a, mais ce qu'on en fait. Et sur ce point, il y a une étude qui dit beaucoup de choses en une seule image : des chercheurs se sont penchés sur les visages des médaillés olympiques, juste après l'annonce des résultats. Résultat contre-intuitif : les médaillés de bronze ont, en général, l'air plus heureux que les médaillés d'argent. Les bronzes se disent "au moins, j'ai une médaille » ; les argents se disent « si seulement j'avais fait un dixième de seconde de mieux". Cela montre bien que le regret n'est pas une donnée objective mais une histoire que l’on choisit de se raconter ;-) On dit regretter une occasion manquée, regretter un mot de trop dit à quelqu'un ou encore regretter l’odeur de notre cartable d'enfance. On emploie le même mot, alors qu’il s’agit en réalité de trois émotions avec trois mécaniques et trois degrés de gravité complètement différents. Vous n’allez pas regretter d’en savoir un peu plus ! Anne et Charlotte, qui ne regrettent pas de s’être rencontrées. LA PENSÉE DU JOUR NOUS REJOINDRE SUR INSTA TEST & NOLD Tout n’est pas regret, le remords et la nostalgie s’en mêlent aussi !Le remords : la morsure qui revientLe mot "remords" vient du verbe latin remordere, littéralement "mordre à nouveau" et c'est exactement ce qu'il fait : il revient vous mordre, vous ronger, encore et encore, pour un acte bien précis que vous avez commis et que vous regrettez d'avoir fait. Contrairement au regret, le remords porte toujours sur une faute réelle ou perçue comme telle, avec une dimension morale : on a dit quelque chose de blessant, on a menti, on n'a pas tenu une promesse. Quand on éprouve du remords, on se sent honteux, coupable. Le regret : le royaume du "et si"Le regret, lui, se concrétise par la tristesse, le chagrin, plutôt que par la culpabilité. Le regret naît le plus souvent d'une inaction plutôt que d'une action : ce qu'on n'a pas osé faire, dit, tenté. Il n'implique pas nécessairement de faute morale, on n'a rien fait de mal, on n'a juste... rien fait. Les psychologues américains Thomas Gilovich et Victoria Medvec ont montré (1994, Journal of Personality and Social Psychology) que nos regrets suivent un calendrier très précis. À court terme, ce sont les actions ratées qui nous rongent le plus ("j'aurais pas dû dire ça"). Mais à long terme, ce sont les inactions qui prennent toute la place : ce qu'on n'a pas tenté pèse, avec les années, bien plus lourd que ce qu'on a raté en essayant. Autrement dit : le temps est plutôt clément avec ceux qui ont agi, même maladroitement et beaucoup plus sévère avec ceux qui n'ont rien tenté du tout. La nostalgie : l'ancienne maladie devenue bienfaitLe mot "nostalgie" n'a pas toujours désigné ce petit pincement doux-amer qu'on ressent devant une photo de classe. Il a été inventé en 1688 par un étudiant en médecine suisse de dix-neuf ans, Johannes Hofer, dans une thèse intitulée Dissertatio medica de nostalgia, pour désigner très sérieusement une maladie : le mal du pays des mercenaires suisses, avec des symptômes cliniques répertoriés (insomnie, perte d'appétit, fièvre, palpitations). Pendant plus de deux siècles, on a soigné la nostalgie comme une pathologie. Il aura fallu attendre les travaux récents de chercheurs comme Constantine Sedikides et Tim Wildschut, de l'université de Southampton, pour que la nostalgie change complètement de statut : ils la décrivent aujourd'hui comme une émotion "douce-amère", certes teintée de perte, mais où la dimension positive domine largement, un vrai outil de continuité identitaire, qui aide à donner du sens à sa propre histoire plutôt qu'à la regretter. Contrairement au regret, la nostalgie ne suppose pas qu'on aurait pu faire autrement : elle savoure ce qui a été, sans jugement sur ce qui aurait dû être. Alors, comment les distingue-t-on ?Une bonne question à se poser : est-ce que je me sens honteux ou coupable de ce que j'ai fait (remords), est-ce que j’éprouve de la tristesse concernant une action réalisée ou justement non réalisée (regret), ou est-ce que je repense simplement à ce qui a été, avec tendresse, sans vouloir le revivre autrement (nostalgie) ? JUST NOLD IT Que faire, concrètement, des remords et des regrets qui traînent ? Le psychologue américain Daniel Pink, qui a consacré tout un livre à la question (The Power of Regret, 2022), propose une distinction simple : face à une même situation, on peut toujours se raconter deux histoires. Le "si seulement" (if only), qui fait mal sur le moment mais qui, utilisé intelligemment, pousse à mieux faire la prochaine fois, un peu comme les médaillés d'argent de tout à l'heure s'ils savent transformer leur frustration en entraînement supplémentaire plutôt qu'en rumination. Et le "au moins" (at least), qui soulage tout de suite. 1/ Si vous éprouvez du remords concernant une situation qui vous pèse (un service jamais rendu, une réponse pas donnée à temps…), réparez-le. Pas besoin de grande scène : un message, un appel, une excuse honnête suffisent souvent à la désamorcer. 2/ Si l'acte ne peut plus être réparé (une occasion ratée, une personne qu'on ne peut plus joindre), basculez volontairement en mode « au moins ». Autre façon de dire : voyez le verre à moitié plein. 3/ Racontez le regret ou le remords à voix haute ou par écrit, à quelqu'un ou sur une page. Le simple fait de le formuler clairement, plutôt que de le laisser tourner en boucle dans un coin de la tête, en réduit mécaniquement le poids. 4/ Traitez-vous comme vous traiteriez une amie qui vous raconterait exactement le même regret ou le même remords. On est presque toujours plus indulgent avec les autres qu'avec soi-même. 5/ Posez-vous la question : qu'est-ce que ce regret ou ce remords me dit sur ce qui compte vraiment pour moi ? Derrière la douleur ou la culpabilité, il y a aussi, souvent, un indice sur ce qu'on aurait dû prioriser et il n'est jamais complètement trop tard pour en tenir compte pour la suite. POUR ALLER PLUS LOIN J'écoute Piaf chanter Non, je ne regrette rien J'ECOUTE Je lis l’article sur l’étude des médaillés d’argent et de bronze JE LIS L'ARTICLE DECOUVRIR NOS DERNIERS ARTICLES