Il y a, dans chaque maison, un endroit qui ne respecte aucune règle. Le salon a sa fonction, la cuisine aussi, même la cave sait à peu près ce qu'elle fait là. Mais lui, le tiroir, non. Lui, c'est open bar, foutoir organisé, capharnaüm sous contrôle (relatif). Et qu'est-ce qu'on y trouve, dans ce fameux tiroir ? Tout et donc rien de précis : des piles dont on ignore si elles sont mortes ou juste en grève, des clés sans porte identifiée, des élastiques et des trombones en quantité, une notice d'un appareil qu'on ne possède plus depuis le siècle dernier, un chargeur pour un téléphone disparu corps et biens, des pièces de meuble Ikea manifestement en trop (ou manifestement manquantes, mystère jamais résolu), un bouton de rechange encore cousu sur son étiquette d'origine, des cartes de fidélité de magasins fermés, un zippo vide, des ciseaux qui ne coupent plus que l'air, de la ficelle, un joint de robinet orphelin, un vieux plan de ville d'une capitale qu'on ne visitera plus, une pièce de monnaie étrangère et, systématiquement, immanquablement, un objet dont personne dans le foyer ne sait ni le nom ni l'usage ni la provenance. Et souvent tout ça, c'est "au cas où". Fameuse formule qui suppose un avenir radieux où on aura justement besoin d'un adaptateur péritel, d'un bouchon de robinet dépareillé et de sept notices en trois langues qu'on n'a jamais lues dans aucune. On n'y croit pas vraiment, mais on n'ose pas trancher non plus. Alors le tiroir grossit, tranquillement, sans qu'on l'ait décidé et un jour on se surprend à devoir s'asseoir dessus pour le refermer, comme sur une valise un peu trop pleine. Ce qui est troublant, c'est qu'on a beau faire le grand rangement du siècle, vider toute la maison, trier, jeter, ranger, il reste toujours, à la fin, une poignée d'objets qui ne trouvent leur place nulle part. Pas par manque de motivation. Juste parce que certains objets sont, par nature, sans famille, sans foyer, sans avenir défini, bref, des apatrides du rangement. Et il y a ce moment où on retombe dedans par accident et où on découvre, stupéfait, l'objet qu'on cherchait activement six mois plus tôt en retournant toute la maison. Il était là. Depuis le début.Anne et Charlotte, qui ont bien besoin d'être à deux pour le refermer, ce tiroir ! LA PENSÉE DU JOUR NOUS REJOINDRE SUR INSTA TEST & NOLD LE PROFILER FOURRE-TOUTDites-nous ce qu'il y a dans votre endroit fourre-tout, on vous dira qui vous êtes vraiment. Vous n'avez qu'une petite boîte, bien rangée, avec un couvercle qui ferme. Vous êtes probablement quelqu'un de bien. Trop bien. On se méfie un peu des gens qui n'ont pas de vrai chaos domestique : soit vous mentez, soit vous avez un deuxième tiroir planqué dont vous n'avez parlé à personne, pas même à votre thérapeute. Vous avez un tiroir, un vrai, qui grince un peu quand on l'ouvre. Vous êtes dans la norme, la moyenne Nold, le gros du bataillon. Vous vivez en paix avec votre désordre contenu. C'est le format sagesse : ni trop, ni pas assez, comme le camembert à point. Vous avez un tiroir qui déborde et qui a colonisé le tiroir d'à côté. Le fourre-tout a fait des petits. Vous êtes en pleine expansion territoriale, façon empire colonial du bazar. Attention à l'annexion complète du meuble : c'est là que ça devient sérieux. Vous avez carrément un panier, un carton, ou pire, un placard entier. Vous ne rangez plus, vous archivez. Vous n'ouvrez plus ce panier, vous le consultez, façon fonds d'archives nationales du presque-inutile. Vous avez plusieurs fourre-tout répartis dans toute la maison, stratégiquement disséminés. Vous divisez le chaos pour ne jamais l'affronter d'un seul coup d'œil. Malin, mais on n'est pas dupes. JUST NOLD IT D'abord, un mot sur le "au cas où" Même si ce n'est pas la seule raison pour laquelle un objet poursuit sa vie dans un tiroir, cela arrive fréquemment. Stocker un objet dans notre tiroir « au cas où », ce n'est pas que de la paresse, c'est aussi une sorte de prévoyance mal calibrée : on ne sait jamais quand un bouton de rechange, un joint de robinet ou une pile à moitié morte va sauver notre soirée. Le problème, ce n'est pas l'intention (noble et prévoyante, personne n'en doute), c'est qu'on ne fait jamais le tri entre le « au cas où » plausible et le « au cas où » complètement fantasque. Le jour où vous en aurez vraiment besoin, ce sera sans doute pour un objet totalement différent, qui n'est justement pas dans le tiroir. C'est la loi universelle du fourre-tout : il contient tout, sauf ce qu'on cherche. Les commandements (très souples) du tiroir fourre-tout1/ Tu n'élimineras point ton tiroir fourre-tout. Il a une fonction psychologique réelle : c'est une zone tampon entre le désordre et la décision et ce n'est pas un drame.2/ Tu lui fixeras une limite physique. Le problème n'est pas le tiroir. C'est le jour où le tiroir devient un panier, puis un carton, puis une armoire entière, puis une annexion complète du couloir.3/ Tu y feras un inventaire, une fois l'an, façon chasse au trésor plutôt que corvée. Statistiquement, tu y trouveras au moins un objet que tu cherchais activement ailleurs depuis des mois.4/ Tu te poseras la question simple avant de jeter : ai-je utilisé cet objet dans les deux dernières années ? Si la réponse est non et que vous ne savez même plus à quoi il sert, c'est généralement un signe assez clair.5/ Tu ne culpabiliseras pas. Ce tiroir n'est pas le symptôme d'un désordre intérieur profond. C'est juste l'endroit où vivent les objets sans famille. Tout le monde en a un. Même les gens qui prétendent le contraire. POUR ALLER PLUS LOIN Découvrir le concept japonais du "danshari", philosophie du tri qui invite à se demander non pas "est-ce que ça peut servir?" mais "est-ce que j'en ai besoin maintenant ?" JE LIS L'ARTICLE Ecouter (3 min) le podcast de France Culture : “L'effet de dotation ou pourquoi il est difficile de se séparer de ce que l’on a ?” J'ECOUTE Découvrir les messages cachés derrière la peur de jeter des objets JE ME RENSEIGNE DECOUVRIR NOS DERNIERS ARTICLES